Déclaration de guerre de la Russie contre la Suède du
10. Février 1808.
Indigné à juste titre de la violence que l'Angleterre a
commise à l'égard du roi de Danemarck, l'Empereur de Russie, fidèle à
son caractère et au système de sollicitude non interrompue pour les
intérêts de son empire, a fait notifier au roi de la Grande-Bretagne,
qu'il ne peut rester insensible à l'agression si injuste et si inouïe
que vient d'éprouver un souverain auquel il se trouve uni par les liens
du sang et de l'amitié, et quí est le plus ancien allié de la Russie.
Sa Majesté Impériale a informé le roi de Suède de sa déterminatïon par
une note du 24. Septembre passé, remise à l'ambassadeur suédois près de
sa cour. Un des articles du traité conclu en 1783, entre l'impératrice
Catherine et le roi Gustave III, ainsi qu'une des stipulations du
traité de 1800, conclu entre l'empereur Paul et le roi de Suède actuel
contiennent l'engagement réciproque de soutenir le principe que la
Baltique est une mer close, de se garantir mutuellement la protection
des côtes de cette mer contre toute espèce d'hostilités, de violences
ou de vexations, et d'employer à cet effet tous les moyens qui sont au
pouvoir des parties contractantes.
Sa Majesté Impériale, se référant à ces traités, s'est crue
non seulement autorisée, mais encore obligée à invoquer le roi de Suède
pour coopérer avec elle contre l'Angleterre. — Sa Majesté Suédoise n'a
pas désavoué l'obligation découlant des traités susdits, mais a refusé
toute coopération jusqu'à ce que les Français se fussent éloignés des
côtes de l'Allemagne, et jusqu'à ce que les ports de ce pays fussent
ouverts aux vaisseaux anglais. Mais la question consistait d'abord à
arrêter les agressions que l'Angleterre avait commencées, et qui
troublaient le repos de l'Europe. L'Empereur avait demandé au Roi de
Suède une coopération basée sur les traités, tandis que Sa Majesté
Suédoise répond par une proposition de remettre à une autre époque
l'exécution des traités, et paraît s'occuper seulement du soin d'ouvrir
les ports de l'Allemagne à l'Angleterre, ou, en d'autres termes,
prétend rendre service à cette même Angleterre contre laquelle il
s'agit de recourir, au contraire, à
des mesures défensives. Il'serait difficile, de la part du
roi de Suède, de montrer plus de partialité envers la Grande-Bretagne.
Sa Majesté Impériale a fait remettre, le 16. novembre, une seconde
note, par laquelle on informe Sa Majesté Suédoise de la rupture entre
la Russie et l'Angleterre; cette note resta deux mois sans réponse, et
celle qu'on y fit, le 7. Janvier, n'avait d'autre but que les
communications suédoises précédentes.
L'Empereur ne regrette point, toutefois, la modération qu'il
a montrée; il aime, an contraire, à se rappeler qu'il a employé tous
les moyens possibles pour ramener Sa Majesté Suédoise an seul système
de politique conforme à l'intérêt de ses Etats; mais Sa Majesté
Impériale doit à la fin à son peuple et à la sécurité son empire, lois
suprêmes pour un souverain, de ne plus laisser dans l'indécision la
question de la coopération de la Suède.
Informée que le cabinet de Saint-James, l'efforçant d'amener
le Danemarck dans son alliance, le menace de faire occuper la Zélande
par les troupes suédoises, et d'assurer la possession de la Norwége an
Roi de Suède; assurée, de plus, que Sa Majesté Suédoise, tout en ne
répondant pas à la note de la Russie, négociait en même temps un traité
secret à Londres, — Sa Majesté Impériale se convainquit que les
intérêts de son empiré souffriraient si elle permettait à son voisin le
roi de Suéde, an commencement d'une guerre entre la Russie et
l'Angleterre, de déguiser ses sentimens connus en faveur de cette
dernière puissance sous le masque d'une prétendue neutralité. Sa
Majesté Impériale ne saurait donc admettre la continuation des
relations actuelles entre la Suède et la Russie ; elle ne peut
consentir à une pareille neutralité.
Les intentions de Sa Majesté Suédoise n'étant plus douteuses,
il ne reste plus à Sa Majesté Impériale qu'à recourir à l'usage de ces
moyens que la
Providence a placés en son pouvoir, — dans le seul but de
protéger la sécurité de ses Etats; et elle a trouvé
convenable de
notifier ses intentions au Roi de Suède, ainsi qu'à toute l'Europe.
S'étant ainsi acquittée des devoirs que lui impose l'intêrêt
de ses Etats, Sa Majesté Impériale est prête à changer les mesures
qu'elle est au moment de prendre en simples mesures de précaution, si
le Roi de Suède se joint sans délai au Danemarck et à la Russie, pour
fermer la Baltique à l'Angleterre jusqu'à la conclusion d'une paix
maritime. L'Empereur invite le Roi son beau-frère, au nom des sentimens
d'une réelle amitié, et peur la dernière fois, de ne plus hésiter à
remplir ses obligations, et d'embrasser le seul système de politique
convenable aux intérêts des puissances du Nord.
La Suède, qu'a-t-elle gagné depuis que son Roi s'est attaché
à l'Angleterre?
Rien ne pouvait être pins pénible pour Sa Majesté Impériale
que de voir éclater une rupture entre la Suède et la Russie; mais Sa
Majesté Suédoise possède encore les moyens de prévenir cet événement,
en se décidant pour un système qui peut seul préserver l'union et
l'harmonie parfaite entre les deux Etats.
Quelle:
Nouveaux supplémens au Recueil de Traités et
d'autres actes remarquables, fondé par George Frédéric de
Martens. Nr. 31. Tome I. 1761-1829. Suivis d'un appendice par Frédéric
Murhard.
Goettingue, La Libraries de Dietrich, 1839. Digitized as image by
Google (http://books.google.com).
Retour.
Paluu.